tryo

Publié le par guerin

 

Après à peine six ans d'existence, marrant et militant, le reggae acoustique, tranquille des Tryo est arrivé à maturité.

La voix est douce, presque enfantine. Elle balance, paisible, sur un air de guitare. Pourtant les mots sont durs. Elle parle de guerres, de misère, de chômage et de magouilles. Soudain, elle chaloupe au son des percussions, se mêle à d'autres voix. On danse, on tape des mains, on reprend en choeur. Sur scène, les Tryo sont tout sourire. Joyeux, motivés, pas béats. Leur musique fait du bien. En six ans, les quatre compères ont su s'imposer, à leur manière. Tout en mélodies, en bonhomie, en bons mots et en mots justes. Sans autres détours que celui de l'humour. À l'heure de la maturité, symbolisée par leur troisième livraison, Grain de sable, Tryo s'est construit son petit coin à lui dans le coeur de foules.

Tryo est né en 1998, sur un coup du destin. Cette année-là atterrit dans les bacs un disque autoproduit, enregistré en concert. Des cours de lycée aux bords de mer, les Français, 15-25 ans en tête, se font tourner Mamagubida. Tant est si bien qu'il devient le disque surprise de l'année, et dépasse le demi-million d'albums vendus. Le cocktail est aussi minimaliste qu'efficace. Trois guitares, trois voix, un percussionniste. Soit les malins Mali, Manu, Guizmo et Domi, autoproclamés pairs d'un « reggae akoustik » où la technique se met au service de la mélodie et du rythme, sans chercher à taper dans l'oeil, ou plutôt dans l'oreille du spectateur. Et chacun de siffloter la ballade écolo l'Hymne de nos campagnes, de souhaiter une agriculture hallucinogène légalisée dans la Main verte ou de raccrocher le combiné de France Télécom. Impossible d'éviter la vague Tryo.

Commencer par un live n'est pas commun. Cela illustre bien le rapport passionnel qui unit Tryo à son public, à tous les publics. C'est par la scène et la mise en scène que le groupe s'est construit et a gagné en maturité. Il multiplie les expériences, avec des troupes de cirque, de théâtre ou de danse, pour sortir un DVD, Raggae à coup d'cirque. qui devient DVD d'or, et frôle les 20 000 exemplaires écoulés. Tryo continue de surfer sur son credo : la spontanéité.

Après leur deuxième disque en 2000, Faut qu'ils s'activent, Tryo, en 2003 transforme son essai avec Grain de sable. Un album studio abouti, qui marque un détachement de Tryo du reggae acoustique. Chanson, blues et jazz s'y côtoient, se mêlent à des sons plus électriques, aux accents world. L'accordéon y croise les congas, la derbouka, le tambourin... « Le but était de nous faire plaisir, de nous ouvrir à d'autres horizons », explique Guizmo. Côté texte, on retrouve un mélange d'histoires amusantes, de fragments de quotidien (Désolé pour hier soir, Monsieur Bibendum) et de militantisme.

L'album s'ouvre sur G8, qui fustige « ces huit mecs qui viennent imposer leur monde, pas celui des autres trois cents pays. » Avec Pompafric, c'est la politique française en Afrique qui prend des coups. Son côté militant, Tryo le cultive : « Pour nous, la chanson est un exutoire. On préfère entrer dans le vif du sujet plutôt que de ne rien dire ou survoler les choses », explique Guizmo. De là à faire de la scène une - modeste - tribune, Manu n'a qu'un pas à faire : « J'estime humblement qu'en chantant nos chansons, on fait de la politique.
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Publié dans lilig02

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