tryo

Publié le par guerin

TRYO
   



Avant l'orage, Tryo vocal… Ils sont quatre pour faire avancer un Tryo rêveur. Voilà toute la difficulté
d'une association artisanale, amicale, citoyenne et largement musicale. Déjà deux albums au compteur
projettent le film joyeux de la renaissance d'une chanson alternative qui s'était peut-être un peu égarée.
Le hasard, le sens de la fête, une relation amoureuse à la chanson, des idées aiguisées dans le sens
de la hauteur, tels sont les ressorts qui traversent le scénario d'une histoire sans équivalent. Après
plus de 900 000 albums vendus et près d'un millier de concerts, Tryo ardent n'avait de cesse que de
réussir à prolonger le voyage. Mais pas à n'importe quelle condition. Il est toujours dangereux de se
retrouver tête de liste emblématique de l'opposition à la gouvernance showbiztique qui enferme ses
apprentis chanteurs dans des couveuses médiatisées. Réussir sa route sans se déjuger tout en restant
indomptable. Tel est le défi que relève une fois de plus le groupe pour l'enregistrement de ce troisième
album. Avec l'envie de prendre son temps pour éviter les dessous affriolants de madame la pression,
Tryo musarde entre la salle de la Maline à l'île de Ré et le cinéma Pompadour à Maisons-Alfort pour
imaginer son nouveau répertoire. Les chansons naissent au fil des mois et voici soudain l'envie de les
porter différemment. Le plaisir vocal est donc à l'ordre des sessions. Chez Tryo la science de
l'harmonie vocale est l'un des liens indéfectible qui forgent l'identité musicale du groupe. Laisser le
chant libre, tel sera l'objectif d'Hélène Bowie qui aide Mali, Guizmo et Manu à chanter pour mieux se
trouver. Une sorte de miracle s'opère et Tryo chante d'une seule voix avec l'énergie de la rage. Cette
rage toujours là mais qui cette fois quitte les rivages émouvants de l'adolescence spontanée pour
atteindre la rive d'une maturité éclairée. Non, il ne s'agit pourtant pas exclusivement de l'album de
l'après-21 avril comme on aurait pu s'y attendre. Certes il y a bien eu un coup de tonnerre au premier
tour des élections présidentielles… L'album a d'ailleurs failli s'intituler pendant un temps
" Avant l'orage ". Mais la coïncidence n'est que passagère. Tryo n'est pas engagé de la dernière pluie
ni né du dernier 1er mai. La colère est permanente, la vigilance aiguisée, le militantisme davantage
universel. Tryo, c'est donc aussi l'histoire d'une solidarité bienveillante avec les mouvements
alternatifs de l'anti-mondialisation. A l'image, finalement, de l'évolution de l'engagement d'aujourd'hui :
moins politique et plus citoyen. Ceci explique cela. L'album s'intitule " Grain de sable " comme pour
signifier que parfois les chansons font bouger le monde, lorsqu'elles nous empêchent de penser en rond.
Enrayer le moteur bien huilé de la pensée dominante et offrir au public un rapport au monde où
l'engagement se vit et se chante au quotidien. Alors Tryo cherche à fermer le robinet de la " Pompafric "
qui désaltère les nouvelles colonies ; dénonce l'ordre mondial " G8 " en souvenir de nos gouvernants
au Gênes meurtrier ; renvoie les dictateurs " Dans les nuages " ; détecte les mensonges d'Adolphe
nucléaire dans " Cogema " ; accepte volontiers de sortir les ordures télévisuelles pour " Sortez les
poubelles " ; fait preuve de mauvaise foi pour affirmer qu'en chacun de nous sommeille un con " C'est
pas pareil " ; active un terrible jeu de rôle pour imaginer les motivations d'un kamikaze palestinien "
Si la vie m'a mis là "… Mais halte aux raccourcis faciles. Le groupe Tryo ne peut en aucun cas être
assimilé à une sorte de Samaritaine de la colère. C'est tout simplement l'histoire d'une sensibilité
exacerbée, d'une conscience en mouvement perpétuel. Et ce mouvement ouvre aussi sur l'autre versant
de l'inspiration de Tryo, largement influencée par Guizmo fier mais inquiet de ses nouvelles
responsabilités de père de famille. Et c'est ainsi que l'album musarde aussi fréquemment dans les
méandres poétiques de l'enfance. " S'il te plaît, dessine moi à travers les mioches… ". Aussitôt fait :
" Récréaction ", " Ta réalité ", " Ballade en forêt ", " J'ai un but dans la vie " sont autant de grains de
sables venus nous frotter l'épiderme pour nous dire qu'il est difficile d'être plus aimé que par un enfant.
Un petit bout d'humanité qui inspire aussi indirectement Manu lorsqu'il écrit " Monsieur Bibendum ",
sorte de fable merveilleuse, pour tordre le cou aux normes et faire briller les yeux des innocents aux
mains toujours pleines. Pleines d'amour évidemment, dont il est aussi question lorsque Mali se met
totalement à nu pour chanter " Embrasse moi " sans pourtant être impudique. Et rester parfois aussi
drôle et armé d'une belle autodérision comme dans " Désolé pour hier soir ", diptyque sur un bout de vie,
court-métrage qui déroule l'envers de l'endroit où Tryo festoie. En sachant aussi faire montre d'une
attitude moins jeuniste sur les paradis artificiels dont l'accès est facilité par des substances de synthèse
Tryo garde donc la main verte et c'est tant mieux, mais préférerait bien être autre chose que le groupe
exclusif de la fille du coupeur de joint. C'est peut-être aussi cela, l'expérience. Et l'explication d'une
volonté d'ouverture dans cette association de bienfaiteurs. Avec Vassili du groupe Fange, la Rue Ketanou
ou Franck Monnet, fidèle d'entre les fidèles qui écrit et compose " Comme les journées sont longues ",
chanson ovniesque que le groupe Tryo a su s'approprier. De même avec Dominique Ledudal, sorcier du
son devant l 'éternel qui a su mixer avec ce goût des reliefs organiques la musique d'un groupe qui fut
longtemps associé au reggae acoustique. Et ainsi démentir en toute amitié respectueuse tonton Georges
Brassens qui disait : " Dès que l'on est plus de trois, qu'est-ce qu'on est con ! ". Tryo s'agrandit, évolue
et se muscle. Et n'oublie jamais en route quel fut son berceau de naissance : la rue. Il fut un temps où sur
les murs les utopiques écrivaient " Sous les pavés, la plage ". Aujourd'hui Tryo, allongé sous les vagues,
met son grain de sel et de sable sous le bitume pour inventer une nouvelle plage musicale où il sera
possible enfin de ne plus bronzer idiot.

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Publié dans lilig02

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