rolland garros

Publié le par guerin

La furia Nadal

vendredi 3 juin 2005

Phénoménal Rafael Nadal ! Le jour de ses 19 ans, l'Espagnol a logiquement remporté la demi-finale au sommet qui l'opposait au n°1 mondial, Roger Federer (6/3, 4/6, 6/4, 6/3 en 2h46). Le Suisse a été trop inconstant en coup droit. Mais il a surtout été emporté par la furia Nadal. La finale opposera donc, dimanche, le Majorquin à un autre gaucher, Mariano Puerta.

Il est déjà 18h17 quand Rafael Nadal, précédant Roger Federer, entre le premier dans l'arène du court central, tel un torero. Le public tape dans ses mains depuis plusieurs minutes. Les 15 000 spectateurs n'en peuvent plus d'attendre ce choc au sommet, retardé par la pluie. La première demi-finale entre Mariano Puerta et Nikolay Davydenko n'avait évidemment pas la saveur de ce duel…

Dès l'échauffement, Rafael Nadal semble remonté comme une pendule. Le jour de ses 19 ans, il défie le n°1 mondial. C'est sa première demi-finale en Grand Chelem. Roger Federer, lui, est en "demie" pour la première fois à "Roland". Mais c'est une finale avant la lettre, personne n'en doute.

Le premier point du match est déjà un symbole. Nadal frappe un passing en bout de course qui soulève des murmures d'admiration dans le public. Trois fautes en coup droit plus tard, "Rodgeur" a concédé son service d'entrée. Le Suisse n'a pas le temps de prendre ses marques. Nadal frappe la balle avec plus d'intensité que lui. Voilà Federer mené 4-1, double break.

Le Suisse réagit enfin. Son coup droit se règle. Il commence à varier ses attaques. Le duel est lancé. Mais le service du protégé de Tony Roche est inefficace. Même s'il parvient à prendre deux fois la mise en jeu de l'Espagnol, le Suisse perd logiquement le premier set 6/3 en 43 minutes. Il hésite entre des "premières-deuxièmes" ou des services claqués, qui reviennent parfois encore plus vite… Chose incroyable, il a perdu quatre fois son service ! Roger peste contre lui-même. A chaque fois qu'il monte au filet, il se fait transpercer par un passing assassin…

Une averse de deux minutes retarde le début de la deuxième manche. Mais le spectacle peut reprendre. A 1-1, "Rodgeur" s'offre le break. Plus patient, il a tenu le choc en fond de court et poussé son rival à la faute. Peu à peu, il fait reculer le gaucher ibère, qui baisse un peu en intensité dans ses frappes. Voilà le score qui enfle. 5-1. Mais la baisse de régime de Nadal ne dure pas. Le voilà qui revient tel un taureau furieux, à 5-4. Heureusement pour lui, Federer retrouve sa première balle. Une petite volée amortie en extension, un coup droit croisé, et il égalise à un set partout, 6/4 après 1h24.

Un passing qui fait lever le central

C'est au début du troisième set que les deux hommes donnent le meilleur d'eux-mêmes. Un fabuleux passing de revers croisé du Suisse, au terme d'un énorme échange, fait soulever le "central" comme un seul homme. Ovation ! Mais Nadal ne se laisse pas impressionner. Il reste aux commandes. 3-2, et même 4-2 grâce à un break qu'il est venu chercher en prenant tous les risques. Mais deux coups droits extraordinaires, dont l'un dans une position défensive délicate, permettent à Federer de "débreaker" dans la foulée. 4-3.

A 5-4 pour le n°5 mondial, le public sent monter la pression. "Rodgeur", "Nadal", scandent tout à tour les travées. La pression est sur Federer. Il commet une double faute, puis se fait surprendre par une magnifique amortie. 15-40. Les deux balles de set sont sauvées par le n°1 mondial. Rien à faire. L'Espagnol est trop pressant, son lift est plus bondissant que jamais, ses jambes sont en feu. Troisième balle de set. Federer vient au filet, il frappe un smash délicat, Nadal, trois mètres derrière sa ligne de fond, défend bien en revers, puis en trois coups droits, il prend le contrôle de l'échange et conclut au filet. Enorme ! Son bond de joie pourrait fait pâlir de jalousie Javier Sotomayor… Deux manches à une pour l'Espagnol, après 2h07 de jeu.

Ouf ! Nadal a été époustouflant. Federer accuse le coup. Mais le Suisse s'accroche. Il est même relancé quand "Rafa" passe à côté de son jeu de service, à 1-1 dans le quatrième. Ce sera presque la seule absence du match pour l'Espagnol. Le n°1 mondial semble décidé à venir plus vite vers le filet. Il mène 3-1. Puis, 3-2, 40-15.

Un cri malvenu

C'est là que la partie bascule définitivement en faveur du roi de la terre battue. Nadal distille une amortie pas très bien masquée, mais Federer est un peu négligent et son revers heurte le filet. Puis, à 40-30, "Rodgeur" est stoppé dans son élan, entre sa première et sa deuxième balle, par un cri bien malvenu d'un spectateur. Double faute. Quatre points plus tard, l'Espagnol égalise à 3-3. Le coup droit du Suisse connaît à nouveau des "ratés". Au début du match, c'était souvent trop long, cette fois, c'est dans le filet. Et puis la balle de Nadal l'empêche de distiller ses revers coupés courts. Il doit jouer sur un fil et prendre des risques énormes, tant son adversaire est partout.

Le patron du court est Nadal. C'est devenu une évidence. Federer demande à l'arbitre de chaise, Cédric Mourier, s'il faut vraiment continuer. Il faut dire que la luminosité est devenue très faible. Mais on lui dit de continuer. L'Espagnol bouille d'impatience. La façon dont il cogne la balle, son lift, son agressivité, son envie de faire mal ont quelque chose d'effrayant. "Rodgeur" régale une fois encore le public d'un point fabuleux : quatre volées réflexes de suite alors qu'il est mal embarqué au filet. Génial. Mais le génie à ses limites. Il perd finalement les cinq derniers jeux du match, assommé par Nadal.

Le plus impressionnant, dans tout ça, est peut-être la façon dont le "gamin" de 19 ans achève le boulot. A 5-3, alors qu'il sert pour le match, il lâche trois énormes coups droits. Sa première balle de match est la bonne. L'échange se prolonge, et Federer finit par craquer en coup droit. Nadal en tombe à la renverse. C'est la 62e faute directe de Roger. C'est trop, beaucoup trop quand son adversaire n'en a commis que 32. "Je ne suis pas satisfait de ma performance, commentera le n°1 mondial. J'avais les armes pour le battre. Je suis très déçu, mais aussi impatient à l'idée de retenter ma chance." Quand à Nadal, il savoure. "C'est un rêve. C'est au troisième set, à 5-4, que ça s'est joué. Mais Federer gagnera un jour ici."

Dimanche, face à Puerta, il partira nettement favori de la première finale entre deux gauchers depuis 1946 à Roland-Garros (Marcel Bernard et Jaroslav Drobny), et depuis 1998 en Grand Chelem (Open d'Australie, Petr Korda et Marcelo Rios). Ce sera un peu une question d'honneur entre les deux pays qui dominent sur terre battue…




A la renverse
Rafael Nadal
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Publié dans lilig02

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