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Publié le par lili

Le défi de Mauresmo
 

Tennis Roland-Garros

Le défi de Mauresmo

 [14/04/2006]

Avant Roland-Garros, nous vous proposons de faire le point chaque semaine sur les défis de Roger Federer, Amélie Mauresmo et Martina Hingis. La N.1 mondiale, qui s'apprête à disputer la Fed Cup avant l'équipe de France, répond aux questions de la FFT.

ROLAND-GARROS - LE DEFI (Federer, Mauresmo et Hingis)

J-42 : Amélie Mauresmo, interrogée par la FFT

Fondamentalement, avez-vous l'impression que quelque chose a changé ces derniers mois ?

AMELIE MAURESMO : "C'est difficile de mettre des mots sur cette évolution, ce changement, ce déclic. C'est surtout au Masters que quelque chose a changé. L'Open d'Australie, en fait, n'était que le reflet de ce qui s'est passé au Masters. Avant, une partie de moi-même n'était pas certaine à 100 % que je pouvais gagner ces gros événements. En remportant le Masters, considéré en quelque sorte comme le cinquième « Grand Chelem », je me suis dit : « Ça y est. Je peux le faire. J'ai les armes physiques, techniques et mentales pour y arriver. » A partir de là, tout a été complètement différent pour moi. Et ça s'est concrétisé en Australie. Ça aurait pu ne pas sourire mais j'étais sereine, j'étais bien dans mon jeu. Les deux premiers matches ont été un peu galère. Puis, cela a été de mieux en mieux."

Où situez-vous le déclic ? La défaite en finale de la Fed Cup l'an passé face à la Russie, qui, sur le moment, a été assez dure, n'est-elle pas le point de départ de ce changement ?

A.M. : "C'est plus tard, selon moi. C'est vrai que cette défaite en finale de Fed Cup m'a mise dans un trou. Dans la foulée, j'ai perdu dès mon entrée en lice à Moscou, puis à Zurich. Entre-temps, il y avait quand même eu une finale à Filderstadt, où j'avais battu Petrova et Dementieva, mais je n'étais pas bien. J'attachais beaucoup trop d'importance à ce qui pouvait se dire, s'écrire. Ça me touchait beaucoup trop. Aujourd'hui, j'ai pris du recul aussi par rapport à ça. Je ne lis plus du tout les médias et je ne m'occupe plus du tout de ce qui peut être dit sur moi, ce qui est une très bonne chose."

"A Zurich, je me souviens, après ma défaite d'entrée, je suis sortie du court et j'ai dit à Loïc (Courteau) : « Ça ne va pas, il faut changer quelque chose. Que ce soit mental, tennistique, technique, je ne sais pas, je ne suis pas très lucide, mais il faut qu'on revienne à des choses plus basiques.»

"En fait, le déclic s'est produit, je pense, à Philadelphie où je continuais à m'enfoncer, à être dans le trou, à ne plus trop savoir quoi faire réellement. Renouer avec la victoire là-bas (NDLR : face à la Japonaise Sugiyama au deuxième tour) a été très important pour moi. Et ensuite, après ce premier match gagné, je me suis dit : « Maintenant, tu vas essayer de donner le maximum. » Petit à petit, match après match, on a vu cette détermination revenir en mieux. Tennistiquement, c'était beaucoup plus juste ; mentalement, il n'y avait plus de hauts et de bas au cours d'un même match comme cela a pu être le cas dans le passé. Et puis, je gagne le tournoi un peu comme ça !"

"Et au Masters, ça s'est concrétisé de manière incroyable. Je dirais qu'en deux semaines, je suis passée d'un moment très difficile de ma carrière à un état « délicieux ». Je survolais complètement ce que je faisais."

Dans le même temps, avez-vous l'impression que le regard des autres joueuses a changé ?

A.M. : "Oui, je pense, je le ressens un tout petit peu. Leur manière d'aborder les matches contre moi est plus difficile. Je leur fais de moins en moins de cadeaux sur le court et elles savent qu'il faut qu'elles évoluent à leur tout meilleur niveau pour gagner. C'est quand même un avantage ! Tu entres sur le terrain dans de bonnes dispositions parce que tu as de la confiance, que tout roule bien. Et tu sais que l'autre va devoir jouer son meilleur tennis pour aller te chercher. Ce n'est pas mal !"

Et dans leur attitude vis-à-vis de vous, avez-vous perçu des changements ?

A.M. : "Non, au quotidien, au jour le jour, je n'ai pas cette sensation. En revanche, sur le court, c'est autre chose."

Quelles sont vos ambitions aujourd'hui ?

A.M. : "Quant aux Grands Chelems, quand on a goûté à la victoire, on a envie de retrouver cet état là. Cela se fera-t-il ? Je l'espère. En même temps, je ressens moins cette pression du résultat. Je me dis que si ça arrive, c'est super."

"Je me demandais si j'allais y arriver ou si j'allais finir ma carrière sans remporter de tournoi du Grand Chelem. Maintenant, je peux le dire, cela aurait vraiment été un grand manque pour moi, un goût de quelque chose qui n'aurait pas été accompli. Ayant le potentiel pour y arriver, je pense que j'aurais assez mal accepté de finir ma carrière sans titre du Grand Chelem. Et ça commençait inévitablement à me peser. Plus le temps passait, moins cela devenait probable, forcément. Même si paradoxalement, je me sentais de mieux en mieux dans ma carrière."

"Et puis, tu as beau essayer de te blinder, de faire abstraction de tout ça, quand les gens te répètent sans arrêt : « Alors, ce Grand Chelem ? C'est pour bientôt ? » Forcément, ça te touche. Dans mes attentes, c'était donc quelque chose de fort et au moment où je me suis détachée de ça, c'est arrivé ! Ce n'est pas du tout innocent. Il s'agissait de relativiser cette notion de victoire, de défaite et surtout, jouer, jouer."

Et Roland-Garros dans tout ça ? On doit vous en parler très régulièrement...

A.M. : "Oui, on m'en parle, mais ce n'est plus pareil. Avant, quand on m'en parlait, je me raidissais. Là, et j'espère que je serai toujours dans cet esprit-là au moment où Roland-Garros va arriver, j'ai envie d'en profiter. Comme à l'Open Gaz de France, je pense que les gens seront un peu là pour me « fêter » entre guillemets, et c'est fabuleux."

Avez-vous le sentiment que c'est la première fois que vous allez aborder le tournoi parisien dans cet état d'esprit là ?

A.M. : "On est encore loin de l'événement. Aujourd'hui, je réponds oui. J'espère que cette pression, cette tension ne vont pas trop augmenter au fur et à mesure que le tournoi va approcher. Mais je n'en ai pas l'impression. Cela dit, de la tension il y en aura, c'est évident. On ne peut pas donner le meilleur de soi-même si on n'a pas ce petit moment, qui n'inhibe pas, mais fait juste rester extrêmement vigilante, concentrée et rigoureuse. Ça, ce sera bien présent. Mais concernant cette notion du bras qui « part » moins, des jambes qui ne bougent pas, je pense qu'il sera plus facile cette fois de passer au-delà."

En 2004, vous aviez déjà joué avec le statut de numéro 1 mondiale...

A.M. : "[elle coupe] Et j'avais d'ailleurs très bien joué avec cette étiquette là dans le dos (NDLR : elle avait été finaliste à Filderstadt)."

Cela vous apporte-t-il quelque chose de plus ?

A.M. : " Cela ne change pas grand-chose. Au-delà de ma fierté personnelle et de celle de l'équipe qui m'entoure, je crois que l'état dans lequel j'étais juste avant mon accession à la première place mondiale en début de saison, était déjà extraordinaire, plein de sérénité et de joies au quotidien."

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Publié dans lilig02

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