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LE MONDE | 18.03.05
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Le temps d'une suspension de séance au Sénat, jeudi 17 mars, le projet de loi sur l'école de François Fillon s'est vu amputé de son article phare : celui sur le socle commun de connaissances et de compétences "qu'il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité (.
..) et réussir sa vie en société". Dans le projet du ministre de l'éducation, ce socle est défini par "la maîtrise de la langue française, la maîtrise des principaux éléments de mathématiques, une culture humaniste et scientifique permettant le libre exercice de la citoyenneté, la pratique d'au moins une langue étrangère, la maîtrise des techniques usuelles de l'information et de la communication".
Une définition trop restrictive, ont jugé les orateurs du PS, du PCF et de l'UDF, estimant insuffisamment pris en compte les besoins d'"épanouissement" de l'élève et proposant à cet égard que le socle intègre, notamment, l'éducation physique et artistique.
Le socle, "c'est une base", il est le "noyau dur des savoirs fondamentaux", "tous ces amendements visent à détruire le socle", a répété M. Fillon. "Avant d'apprendre le sanscrit ou le breton, construisons d'abord le socle, qui n'est pas tout l'édifice", a défendu le président du groupe UMP, Josselin de Rohan (Morbihan).
Droit sur son socle, M. Fillon ne semble pas réaliser que s'esquisse un rapprochement entre la gauche et les centristes, outrés de voir leurs propositions rejetées. Et quand vient au vote, un amendement du groupe socialiste redéfinissant les six objectifs d'"un socle commun de connaissances, de compétences et de culture", les sénateurs de l'UMP sont en nombre insuffisant pour empêcher son adoption. Par 27 voix contre 25, le socle a changé de base.
"UNE LOI VOTÉE À LA BAGUETTE"
Tempête sous les crânes de la majorité et demande de suspension. Le ministre annonce qu'en l'état, il s'opposera à l'adoption de cet article et demande son rejet. Ce qu'il obtient, par un scrutin public grâce auquel, comme son nom ne l'indique pas, les absents peuvent voter. La commission des affaires culturelles et son rapporteur, Jean-Claude Carle (UMP, Haute-Savoie), déposent alors un nouvel amendement, dont la rédaction reprend à l'identique celle du projet gouvernemental. A la reprise de la discussion, dans l'après-midi, l'amendement de la commission fait l'objet d'un vote bloqué - excluant tout sous-amendement - au scrutin public : bretelles et ceinture. "Vous allez, monsieur le ministre, attacher votre nom à une loi votée à la baguette", s'insurge Jean-Marc Todeschini (PS, Moselle). "Le règlement est respecté, mais la démocratie souffre", regrette Marie-Christine Blandin (ratt. PS, Nord), s'en prenant à l'"autisme du gouvernement" et à la " docilité de l'UMP".
"Le socle, sorti par la porte de l'Hémicyle, revient par la fenêtre de la commission", conclut la sénatrice Verte. "Vous vous arc-boutez. De quoi avez-vous peur ?", interroge David Assouline (PS, Paris), estimant que la "grande loi" sur l'école se réduit, "finalement, à un petit machin qu'on oubliera vite". L'amendement est voté. Le socle est rétabli