| Tout d'abord, l'incident. Celui qui rendra la défaite encore plus amère. On joue depuis plus de 4h30, et Sébastien Grosjean est en colère. Après l'arbitre et son adversaire. C'est un événement pour un champion réputé pour son fair-play et sa placidité. Il faut dire que l'injustice est flagrante. Mené 6-5 dans le cinquième set, "Seb" possède une balle d'égalisation à 6-6, 40-30. Sa volée amortie oblige Nicolas Kiefer à remettre un petit lob désespéré. La volée haute n'est pas trop compliquée mais le Français la manque. Car l'Allemand, dépité, a envoyé sa raquette valdinguer de l'autre côté du filet, presque en direction de Grosjean.
La gêne est assez évidente, comme en témoignent les ralentis de la télévision. Mais l'arbitre de chaise, Mr Carlos Bernardes, qui n'a peut-être pas tout vu, et surtout Nicolas Kiefer, qui se sait coupable, restent inflexibles. Le Marseillais fait appel au juge-arbitre, Mike Morrissey, en vain. Celui-ci ne peut que confirmer la décision de Bernardes. 40-40. Kiefer est à deux points de la victoire.
Match brûlant, poignée de main glaciale
Admirable de courage, à nouveau maître de ses nerfs, l'ancien n°1 français parvient cependant à égaliser à 6-6, en claquant un énorme coup droit en décalage. Mais ses forces l'abandonnent peu à peu. Kiefer, lui, ne fait plus de fautes. Les deux hommes sont fatigués, la chaleur les écrase. L'Allemand, dont l'attitude guerrière a souvent été "limite" (il a énormément contesté au point de récolter un avertissement), est le plus costaud. Le plus lucide aussi. Il s'applique à faire courir son adversaire.
A 7-6 contre lui, Grosjean manque une attaque de coup droit en apparence facile pour revenir à 7-7. Il sauve ensuite une première balle de match, mais son service est totalement inefficace dans ce cinquième set. La deuxième balle de match, obtenue par Kiefer d'un lob magistral, sera fatale à Sébastien. Encore une fois, il a la bravoure de se ruer au filet, mais il rate complètement sa volée de revers. Kiefer exulte. Il est en demi-finale d'un Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, à 28 ans. Ce marathon "chaud chaud chaud" de près de 5h00 disputé dans la fournaise s'achève par une poignée de main glaciale...
Un smash raté, un set perdu Ce quart de finale avait pourtant débuté à 11 heures locales par une température agréable de 25°C. Mais le thermomètre est monté au fil des heures. Au coup d'envoi, il était difficile de dégager un favori entre Sébastien Grosjean et Nicolas Kiefer. Le Marseillais avait l'avantage 3-2 dans son face-à-face avec l'Allemand, mais il était mené 2-1 dans leurs confrontations sur dur en extérieur.
Après un round d'observation très équilibré, le premier set bascule sur un seul point. La première balle de break est la bonne pour Kiefer, qui à 3-2 en sa faveur, voit avec délice Grosjean expédier un mètre dehors un smash tout fait. A deux mètres du filet après rebond : quelle toile ! "Seb" ne s'en remet pas. La qualité de ses retours est insuffisante. L'Allemand prend donc les commandes (6/3 en 41 minutes) sur un coup de dés.
Mais dès le début de la deuxième manche, Grosjean relance mieux. Et ça paie. L'Allemand commet lui aussi une toile pour offrir le break d'entrée à son rival. A 3-0, cette fois, c'est un smash dans le filet de "Kiwi" qui donne un avantage substanciel au Marseillais. 4-0. Décontenancé, Kiefer "balance" les deux derniers jeux (6/0 Grosjean en 30 minutes). Yo-yo à gogo
A l'attaque du troisième set, le Français semble avoir le vent en poupe. Il mène 40-15 mais subitement, il laisse l'initiative à son adversaire. Ses premières balles ne passent pas et le break est fait par l'Allemand, récompensé de son audace. Il s'envole bientôt 3-0, double break. "Seb", trop passif, accuse le coup. Pas pour longtemps. Bien aidé par l'inconstance de Kiefer, il revient à 3-2. La partie est décousue. Kiefer est nerveux, mais il tient son service. Et s'adjuge la troisième manche 6/4 en 55 minutes.
Le yo-yo se poursuit dans le quatrième set. Kiefer breake d'entrée et paraît avoir le match en main. Et puis il concède quatre jeux de suite ! La chaleur explique peut-être les difficultés des deux hommes à devenir le patron du court. Quelques jolis passings de Grosjean ont fait la différence. 4-1. Mais à 5-3, le bras de Sébastien se crispe, ses coups droits sont retenus. Et l'Allemand recolle. 5-5. La tension monte encore d'un cran dans le tie-break. Surtout du côté de l'Allemand qui conteste beaucoup, notamment sur les deux premiers points qu'il perd. Et soudain, "Seb" se déchaîne. Trois énormes coups droits lui offrent ce jeu décisif 7 points à 1. Deux sets partout !
4-3 service à suivre au cinquième
Kiefer prend alors un long break pour que le kiné remette en place son strapping à la cheville gauche. Il semble alors un peu émoussé et Grosjean, plus explosif, se détache 2-0. Mais sa première balle ne fait pas assez mal. Et à son tour, il accuse le coup physiquement. Un sacré coup de barre, même. L'Allemand recolle à 2-2. Les deux hommes deviennent de plus en plus prudents. L'enjeu est de taille, le niveau de jeu a nettement chuté.
A 3-3, le clan français, dont un Guy Forget très démonstratif, exulte. Un passing de coup droit croisé donne le break à "Seb". Au fameux septième jeu. Malheureusement, encore une fois, son service va coincer. 4-4. Les fameux "points gratuits" si chers à Grosjean ont disparu. Ses jambes sont en coton...
D'évidence, Kiefer est le plus frais. Le plus tendu aussi. Et puis ce sera l'incident. Et plus tard, la victoire de l'Allemand. Au bout du suspense. Et de la fatigue pour Grosjean. Oui, rarement défaite aura été aussi cruelle. Pour bien des raisons... |